FLOOZMAN
«Par une
scandaleuse abondance, il apporte la délivrance »
Dépôt S.A.C.D. 174 627
FLOOZMAN EST UNE PLATE FORME MULTIMODALE
Quelque part au cœur du système financier coule une
source d'argent mystérieuse et intarissable. Fred Looseman fait partie des très
rares hommes qui l'ont trouvée. Comme eux, il a longtemps mené l'enquête, comme
eux il a entrevu la vérité et comme eux, en approchant l’origine de
l’émanation, il a perdu la mémoire...
Hier, il était encore le brillant directeur de la gestion
des risques du Crédit Mondial et le président de la commission de lutte contre
le blanchiment. Depuis sa chute, il survit grâce au job que la banque lui a
trouvé dans une équipe de maintenance informatique. Sa famille et ses amis se
sont éloignés de lui. Isolé, ses facultés obscurcies, il ne vit plus que pour
réparer les distributeurs et le réseau qui les relie aux ordinateurs centraux.
Parfois, après de longues heures de travail, il lui
arrive d'entendre des voix. En fermant les yeux, il distingue des prières.
Certaines sont si claires et si sincères qu'il lâche ses outils et se met à
pleurer.
C'est ainsi qu'il devient Floozman. Il retrouve ses
esprits, la lumière se fait. Sa banquière l'appelle au téléphone et ce n'est
pas à propos de son découvert, car elle se souvient elle aussi. Ils savent tous
deux ce que Floozman doit faire. Il a les moyens nécessaires et plus encore.
Mais cette richesse n'est pas la sienne, c'est l’argent magique de la délivrance.
Rassurons-nous : en
dépit de ses prétentions mystiques et industrielles, Floozman est un concept
hyper cool. Il est à la fois corpusculaire et ondulatoire. Il se laisse
décomposer en couleurs primaires. On peut le mettre dans sa poche pour
l’emmener partout.
Réjouissons-nous :
Floozman est vivant et jeune comme le monde est jeune. Résistant aux catégories
du réel et de l’imaginaire, il se vend, il se donne, il s’infuse librement dans
tous les domaines, voyageant sous forme concentrée pour renaître
perpétuellement hors de portée de celui qui l’invoque.
Enrichissons-nous,
enfin : s’il préfère jeter son pain à la mer, Floozman sait aussi mettre
en œuvre des business models plus raisonnables. C’est ainsi qu’il vous invite à
créer de la valeur avec vos propres contenus grâce au dispositif décrit dans
ces pages.
En effet, dans le
paradigme technique où nous nous engagerons en temps utile, ce concept et son
traitement constitueront une « plate-forme », un ensemble organisé de
fonctions sur lequel auteurs et producteurs pourront capitaliser en vue de
générer une grande variété d’œuvres de l’esprit.
Nous utiliserons pour la
décrire le langage et les outils qui conviennent à notre industrie, en
attendant que souffle l’esprit, s’il le veut. Mais au préalable, avec la
liberté dont nous jouissons encore, voyons ce que l’on peut dire de l’idée
centrale.
Le concept
« Par une
scandaleuse abondance»
Le flux intarissable
d’argent qui s’épanche à travers Floozman émane d’un point situé au-delà de
l’entendement. Ainsi la source très probablement céleste de son pouvoir lui
procure-t-elle le fluide le plus matériel et le plus mercantile qui soit.
A ce paradoxe fait écho
le fameux scandale de l’incarnation. Peut-on imaginer la présence de la
divinité non plus dans la chair mais dans l’argent ? L’éternel choisirait-il de
s’investir plutôt que de s’incarner ?
Il s’agit également d’un
scandale logique, rien ne justifiant la surabondance des actifs que mobilise
Floozman. Offensante pour ceux qui travaillent ou qui restent assujettis aux
contraintes économiques, l’injection de ces richesses mal acquises dans le
système financier constitue un crime et un péril pour l’équilibre du monde.
En effet, Floozman est
dangereux comme l’est un révolutionnaire ou un prophète. Avec lui, la finitude
familière dont l’argent est le chiffre se trouve menacée par le jaillissement
de l’incommensurable qui annonce la fin de la rareté et la fin des temps.
Enfin, malgré sa charge
d’âpreté et de mal, l’argent circule autour du monde comme un équivalent
universel. Valeur des valeurs dans le ciel vide et anomique du siècle, sa
puissance s’étend sans cesse à de nouveaux domaines pour capter toutes les
attentions. On aime l’argent. Rien n’est plus fascinant que de le voir opérer
sans voile, dans la lumière crue de l’échange économique. C’est ainsi que le
sens obvie de certaines aventures prendra parfois une tournure obscène, à tel
point qu’il deviendra malaisé de voir dans la prodigalité du héros le reflet de
l’épanchement céleste sur un plan inférieur.
Bien que tout ceci
suggère que Floozman se prête à différents niveaux de lecture, il n’est pas
certain que l’on puisse rendre compte de manière cohérente d’un pareil monstre
symbolique, figure de synthèse instable née du rapprochement de forces
élémentaires.
Comme le verbe anime le
Golem, comme la foudre donne vie à la créature de Frankenstein, l’argent
déchaîne l’esclave. Ça ne peut pas bien se terminer, on s’en doute.
«il apporte la
délivrance»
Pourquoi l’épigraphe ne
comporte-t-elle pas de complément. De quelle délivrance s’agit-il ? A qui
est-elle apportée et de quoi libère-t-elle ?
Le Floozboy farceur a
dit : le mal. Voilà ce dont l’âme est délivrée. Mais peut-elle être
délivrée du bien ? Le bien n’est-il pas simplement la délivrance ?
Le Floozboy savant a
répondu : on ne peut pas répondre sans occulter la portée
transcendante de l’idée car il n’est qu’une délivrance.
Les aventures de
Floozman n’en comportent pas moins des enjeux et des protagonistes. Floozman
entend avec compassion la plainte des captifs qui aspirent sincèrement à
Malgré la modernité de
Floozman, nous avons le sentiment d’être dans un univers très ancien plongeant
ses racines dans l’antiquité. Un univers dont le démiurge s’est retranché à
l’aube des temps et qui veut retourner à lui. Ou bien une catastrophe cosmique
s’est-elle produite de sorte que l’esprit est tombé en pluie d’étincelles dans
l’épaisseur de la matière ?
Floozman sait simplement
que des prisonniers ont besoin de lui et qu’il a le pouvoir de les aider. Il
affronte le mal sans cesser d’être vulnérable, tantôt fort, tantôt faible selon
le sort du combat où malgré sa part divine, il lutte comme un mortel. Il ne
connaît pas le sens ultime de sa présence au monde mais il ne manquera pas
d’apporter des éléments de réponse dans les disputes qui restent à écrire.
Les captifs, quant à
eux, sont la plupart du temps de « vrais gens » bien que Floozman
délivre de loin en loin un chien de compagnie ou un fer à repasser. Leur
esclavage et leurs souffrances sont très ordinaires.
Il faut noter que le
héros se trouve plus souvent confronté à la lassitude qu’à la corruption du
corps contre laquelle sa puissance doit encore s’affirmer.
Nous verrons pourtant que
dans certaines circonstances, Floozman n’hésite pas à descendre aux enfers.
Traitement
Le concept ainsi dégagé,
il est temps d’aborder la manière dont nous l’exploiterons ici.
Avec ses pouvoirs, sa
mission et son grand manteau, il est commode que Floozman soit un super héros.
Il lui faut donc un mode opératoire générique, principalement pour les
adaptations au cinéma et la production de séries télévisées.
Voici l’essentiel de ce
schéma de fonctionnement. Une description sous forme d’automate en est donnée
plus loin pour faciliter la mise en oeuvre d’outils d’industrialisation.
Floozman connaît avant
tout un état de veille dans lequel il n’est que Fred Looseman, un pauvre type à
moitié abruti qui peine à se souvenir d’un contact fatal avec le sacré
bancaire. Son histoire est révélée dans l’épisode initial.
Parfois, Fred Looseman
entend la prière d’une créature désespérée. C’est alors qu’il tombe en transe
puis qu’il se transforme comme le font ses homologues Américains. Cette réponse
à l’appel est le premier pivot de la narration.
Devenu Floozman, il
dispose de liquidités financières infinies et d’une équipe virtuelle qui l’aide
à les employer de manière quasi instantanée. Sur le terrain, ce sont les
Floozgirls et les Floozboys qui le secondent pour organiser le salut des
affligés.
Chaque «sortie» de
Floozman s’effectue dans l’urgence et dans un climat d’allégresse messianique
croissante. Selon le succès de l’intervention, Floozman, sa suite et les
personnages qu’il sauve peuvent accomplir des miracles, voire atteindre des
états de conscience supérieurs provoquant l’accomplissement de processus
cosmiques tels que la dissolution du monde sensible.
Mais le mal n’est pas
définitivement repoussé. Bien plus que la police ou les bandits contre lesquels
Floozman se renforce à chaque instant, la raison, le calcul, l’esprit de
sérieux et l’idolâtrie sapent ses forces jusqu’à ce que se rompe le lien qui
l’unit à la source intarissable. C’est souvent par surprise que Floozman
tombera dans un piège mondain.
Parfois Floozman
rencontre de réelles difficultés ou les effets pervers de ses propres actions.
Le piège est alors fait des limites, des échecs et des éléments irréductibles
qui viennent briser l’élan mystique du héros.
Ce contact avec les
viles pensées, les doutes ou les résistances constitue le second pivot de la
narration.
Le charme est rompu.
Contaminé par le mal, Floozman connaît de nouveau
Psychogenèse
Je vous en livre
l’essentiel bien qu’elle soit sans grand intérêt. Floozman pourra faire son
office sans aucune référence aux circonstances de sa création.
J’ai imaginé cette
première version du personnage dans les chaînes lâches d’un esclavage
ordinaire. Produite dans les interstices de la servitude, elle est la
résultante de pensées contraintes et intermittentes, d’élaborations souterraines
hâtivement recueillies dans la crainte du lendemain.
Floozman a dû se faire
monstre pour exister. Pour se faire entendre, il lui a fallu prouver qu’il
était vivant, animé par la nécessité la plus brutale, une force égale à celle
qui me contraint à travailler dans les entreponts de la technostructure.
Pour ne pas tomber dans
l’oubli nauséeux quelque part sur l’autoroute A4, il lui a fallu crûment parler
d’argent jusqu’à ce que la réalité de son existence me tire du sommeil :
une abstraction vaguement obscène s’incarnait pour de bon dans un héros
burlesque qui parlait d’espérance, armé du fluide hyper réel de l’argent.
J’ai dû renoncer dès le
commencement au projet d’une nouvelle aboutie pour laisser s’épancher sa parole
libératrice. Attentif à ses résonances dans les récits de l’exil, je me suis
employé à lui donner forme et sens dans mon univers, sans jamais oublier que
les pauvres habits que je lui ai procurés ne seront jamais dignes de sa
grandeur transcendante.
Je voudrais emprunter
leur savante chimie au ventre de l’araignée qui sécrète son fil ou aux gènes
qui fabriquent la pupille des chats. Ces systèmes vivants organisent les
pauvres molécules environnantes en formes complexes. Ils assemblent de longs
polymères et produisent des tissus uniques et si beaux qu’ils plaisent
immédiatement sans concept.
Une faculté analogue me
permettrait de filer un récit original. Or je n’utilise que des matériaux
préconstruits pour édifier un épisode. Lorsque je ne greffe pas une séquence de
vie je m’en vais prendre sur la place publique des éléments complets comme on
bricole une cabane : mythèmes, copeaux de grands écrits, bouts de séries,
comic strips, fragments de classiques, recettes managériales…
Sans frémir, je couds
les uns avec les autres. J’ai toujours sur moi un peu de fil de fer pour que ça
tienne un peu. En fait je trouve ça plutôt rigolo mais je ne suis qu’un
clochard pressé et je n’amasse pas de mousse.
Bien que le bricolage
soit à l’œuvre dans la création culturelle, je n’invoquerai pas Lévi-Strauss
pour justifier ce pillage. J’invite plutôt le lecteur à visiter le bidonville
sans hésiter à signaler les emprunts que je ne cache pas.
Aussi pétri d’intentions
qu’il soit, Floozman sera un héros. Le plus souvent maladroit et lourd de
langue, il dira la misère des captifs. Et surtout, une fois le germe semé,
comme je m’éloignerai dans le brouillard, paysan cagneux, Floozman deviendra ce
qu’il est.
Plate-forme
multimodale
Nous voici donc en
présence d’une plate-forme.
Elle est partiellement
littéraire parce que Merdre ! Elle est multimodale parce que c’est joli et
parce que les créations pourront se décliner dans une multitude de genres et
d’activités dont une grande partie n’aura pas prétention à constituer de
l’art : gadget théologique, obscénité télévisuelle, association
caritative, produit financier, mouvement social…
Je propose ce socle
comme point de départ à tous les talents qui veulent l’exploiter. Dieu voulant,
je poursuivrai l’écriture de Floozman dans la veine qui me plait, en me rendant
attentif à ceux qui sont en exil et qui attendent de retourner au ciel des
idées.